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La Servante Maîtresse


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À propos

Présentation : 

La nouvelle création scénique des Paladins ressuscite la version française de 1754 de l’opéra-comique de Pergolèse, jamais jouée de nos jours, sous la direction musicale de Jérôme Correas, et dans une mise en scène de Victoria Duhamel. Cette version de La Servante Maîtresse illustre la fusion entre tradition italienne de la Commedia dell’Arte et théâtre de la Foire typiquement parisien.

Cette création a pour ambition de renouveler la lecture d’une œuvre fondatrice, en résonance avec la société contemporaine. S’il s’agissait à l’époque de mettre en garde contre la roublardise du tempérament féminin, il est grand temps aujourd’hui de faire basculer le regard du côté de la célébration. Célébration de l’énergie incroyable que déploie Zerbine pour transformer son statut social. Célébration également d’un personnage masculin, Pandolphe, finalement marqué par une réelle empathie, ce qu’il est temps de considérer avec reconnaissance plutôt qu’avec mépris. Les musiciens des Paladins seront les témoins privilégiés de ce débat, et devront choisir leur camp, composant par leur présence sur scène un espace mouvant, reflet des évolutions de la situation. Il se pourrait bien aussi que le monde du cabaret rencontre celui du premier opéra-comique (si peu) français.

Note d’intention de mise en scène de Victoria Duhamel :

Une femme qui empêche un homme de sortir de chez lui, qui tyrannise sa maisonnée et impose partout sa volonté jusqu’à réduire le pauvre bougre à l’épouser… Un cas de figure que les statistiques, tout comme l’histoire des violences domestiques, permet de qualifier de « renversement de situation ». Et pourtant, ce motif de la mégère mal apprivoisée, des hommes qui se font marcher sur les pieds sous leur propre toit, fait partie des thèmes récurrents qui émaillent notre patrimoine culturel, notre réservoir de fiction, notre imaginaire.

Autrefois on riait de cette guerre des sexes à l’envers, des exagérations de la femme et des faiblesses de l’homme.

Aujourd’hui je choisis de mettre le doigt sur le pourquoi de ce renversement, d’abord.

Pourquoi cette tradition de représenter ce que les structure de notre société ont rendu quasiment impossible : le triomphe d’une femme qui défie l’ordre établi ?

Le spectateur devait sans doute repartir content qu’une telle folie n’arrive que sur les scènes de théâtre, rassuré d’en être bien gardé lui-même ?

S’il s’agissait de mettre en garde contre la roublardise du tempérament féminin, il est grand temps de faire basculer le regard du côté de la célébration. Célébration de l’énergie incroyable que déploie Zerbine pour transformer son statut social. Une opération qu’elle mène seule, ayant longuement affiné sa stratégie avant de passer à l’attaque-éclair – une heure de musique oblige. Ainsi concentre-t-elle toute sa ruse (à défaut d’autres façons d’imposer son pouvoir : la ruse est bien la ressource des femmes « fortes » dans la fiction, de Shéhérazade à Mulan) pour dominer à son tour.

Célébration d’un personnage masculin finalement marqué par une réelle empathie, ce qu’il est temps de considérer avec reconnaissance plutôt qu’avec mépris.

Transformer la réception, et se saisir des subtilités d’une œuvre qui, tout en avançant sur de gros sabots qui ne sont qu’un emballage, nous offre un personnage féminin formidable dans tous les sens du terme, un homme sensible, une irrésistible mécanique comique, une vision du mariage comme déterminant social pour l’un et pour l’autre, destin qu’ils choisissent de transfigurer ensemble… Et puis l’on verra bien s’il s’agit de souhaiter à Zerbine de devenir veuve au plus vite – jackpot absolu pour une femme du XVIIIe siècle – ou s’il se peut qu’un amour sincère soit né ? Les musiciens des Paladins seront eux-mêmes les témoins privilégiés de ce débat, et devront choisir leur camp, composant par leur présence sur scène un espace mouvant, reflet des évolutions de la situation. Clin d’œil aussi, à la querelle que déclencha l’œuvre en France, et qui par sa binarité disait bien quelque chose de la guerre des sexes : le coin du Roi ou de la raison, le coin de la Reine ou de l’émotion.

Je n’oublie d’ailleurs pas le personnage qui, ici, sera un neutre entre ces deux barricades : Scapin, spécialiste de la transformation, qui se tait tout en participant à faire chanter… Il se pourrait bien que le chant soit aussi un de ses apanages, et qu’on ne puisse pas tout à fait l’assigner, au milieu de tant de fixités. Et que le monde du cabaret rencontre celui du premier opéra-comique (si peu) français.

Note d’intention musicale de Jérôme Correas :

D’abord simple intermède pour un de ses opéras en 1733 à Naples, La Serva Padrona de Pergolèse conquiert la France en 1752 plus de 15 ans après la mort de son auteur et déclenche la fameuse « Guerre des Bouffons » opposant partisans de la musique française et ceux de la musique italienne.

Représentée partout en Europe au XVIIIe siècle, cette œuvre est un véritable phénomène de société : elle renouvelle la conception de la musique mais aussi du théâtre et de la mise en scène. Elle représente des personnages simples issus d’un milieu modeste et renoue avec une conception populaire de l’opéra.

Dès 1754 une traduction française voit le jour afin que tous les publics profitent pleinement de cette œuvre. Dans cette version les récitatifs sont remplacés par des dialogues parlés, ce qui en fait un des tout premiers opéras-comiques. On ajoute également quelques récitatifs accompagnés, absents de la version originale, et surtout un nouvel air virtuose d’une grande autorité pour le rôle de la soprano désormais appelée Zerbine. Les différences musicales sont pour moi très révélatrices de l’assimilation de l’œuvre à l’esprit français et illustrent bien la fusion entre tradition italienne de la Commedia dell’Arte et Théâtre de la Foire typiquement parisien. C’est donc cette version françaisejamais jouée de nos jours, que je souhaitais faire entendre.

Cette Servante Maîtresse  est une véritable re-création : elle fait la part belle aux passages entre voix parlée et voix chantée, aux brusques virages entre burlesque et mélancolie. Tout est en place pour un vrai divertissement sans façons, à mille lieux du grand opéra. Sentiments et volonté d’ascension sociale se mélangent allègrement. On est séduit et touché par l’incroyable l’énergie que met Zerbine, véritable Figaro en jupons, pour parvenir à ses fins. La pièce fait la part belle à ce personnage féminin brisant les conventions et les limites que lui imposent son genre, son époque et sa position sociale.

Œuvre d’une grande liberté de ton, espace de jeu idéal pour  la mise en scène et la direction musicale, La  Servante Maîtresse est un vent de folie, qui exige de ses deux chanteurs-acteurs et du personnage muet une grande amplitude expressive à travers la simplicité des mélodies, le double registre comique/sentimental, et surtout un amour de la langue française, si propre à la comédie et au chassé-croisé des sentiments.